Uber et Amazon sont un aperçu du stade ultime de l’entreprise numérique

Entreprise numérique

Délire prospectif de Franck Mayans (@contactdistance)

Uber discuterait d’un rachat de Deliveroo, a-t-on appris il y a quelques jours. Que l’opération aboutisse ou pas, elle en dit beaucoup sur la manière dont Uber entrevoit son avenir.

On s’est longtemps imaginé que le maillon faible d’Uber, c’était ses chauffeurs. C’est le principal centre de coût de la plateforme. Une baisse importante des coûts sur le poste « chauffeur » n’est pas envisageable. Pour qu’ils ne soient pas tentés d’aller offrir leur force de travail aux plateformes concurrentes, Uber est contraint d’offrir aux chauffeurs un tarif qui reste (relativement) motivant.

L’entreprise a bien rêvé à un moment donné de se débarrasser des chauffeurs grâce à la promesse de voitures totalement autonomes. Mais le rêve semble encore hors de portée à moyen terme.

Le maillon faible du modèle Uber, ce n’est pas le chauffeur, c’est le passager !

En réalité le maillon faible du modèle Uber, ce n’est pas le chauffeur, c’est le passager ! Le passager Uber est un client à la recherche d’un service d’élite, d’un luxe (être transporté en voiture individuelle), qu’il n’est prêt à payer qu’au prix d’un bien de grande consommation. Le passager Uber ne veut pas payer cher un service qui coûte cher ! Uber accuse des pertes de l’ordre de plusieurs milliards de dollars ! Ce que subventionnent à court terme les actionnaires Uber avec ces pertes, ce ne sont pas les chauffeurs, mais les clients.

Administrer du transport urbain est une activité lourde complexe et coûteuse. Mieux vaux laisser ça aux opérateurs publics.

« Aux heures de pointes, mettre 1 passager dans une boîte de métal d’une tonne pour faire 3 km est complètement inefficace. », déclarait récemment Dara Khosrowshahi, le patron d’Uber. Ceci explique que depuis quelques temps l’entreprise s’intéresse aux vélos et trottinettes électriques pour les petits déplacements.

En mai dernier, le vétéciste a racheté Jump Bike, une startup californienne spécialisée dans les vélos électriques en free floating (sans port d’attache fixe). Puis a investi cet été dans les trottinettes électriques Lime. L’avantage de ces modes de déplacement, c’est que c’est le client qui conduit. Pas besoin de chauffeur !

Faire sortir le passager du modèle

Avec UberEats et le projet de rachat de Deliveroo (livraison de plats à domicile), on reste sur la même logique. Faire sortir le passager du modèle.

Mieux vaut transporter de petites marchandises que de gros bonhommes !

Uber a donc mille fois raison de clamer qu’elle n’a jamais été une entreprise de taxi ! Comme Amazon n’a jamais été libraire, même s’il a commencé en vendant des livres. Amazon n’a jamais gagné d’argent avec le livre, tout comme Uber n’a jamais gagné d’argent en conduisant des passagers !

Uber et Amazon sont des serveurs informatiques

Uber et Amazon sont un aperçu du stade ultime de l’entreprise numérique. Uber et Amazon ne sont pas des entreprises industrielles. Ce ne sont plus des entreprises de services. Ce sont des ordinateurs. Ce sont des serveurs informatiques. Le stade ultime de l’entreprise numérique consiste à ne plus avoir affaire à des êtres humains, mais à traiter des données.

Ils ont déjà (presque) supprimé le client. Uber et Amazon ne sont pas en contact avec des clients, mais avec les ordinateurs de leurs clients.

Demain ils supprimeront l’employé. Il n’y a déjà plus de caissiers dans les magasins Amazon (Amazon Go). Demain il n’y aura plus d’employés dans les entrepôts Amazon. Et après-demain, il n’y aura plus de chauffeurs dans les voitures Uber et de coursiers sur les vélos Deliveroo.

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