J’ai essayé le progrès. Je conseille malgré quelques frustrations.


Par Franck Mayans

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Vive le progrès ! C’est un cri que l’on pousse le plus souvent avec une certaine ironie dans la voix. Une phrase à qui l’on fait dire le contraire de ce qu’elle exprime. Dans la bouche de beaucoup, « Vive le progrès » ça se prononce avec la bouche tordue, les sourcils relevés et ça signifie juste, « c’était mieux avant ». C’est « Vive le progrès » sans point d’exclamation.

« Vive le progrès » avec un point d’exclamation

Moi, vous l’avez noté, j’écris « Vive le progrès » avec un point d’exclamation. C’est mon côté techno-enthousiaste, geek-optimiste, avenir radieux, meilleur des mondes, l’homme est bon, ça ira mieux demain… Imbécile heureux dirons certain. Ils n’ont pas tort.

J’ai cru, et continue de croire, à toutes les promesses que m’ont faites les nouvelles avancées technologiques que j’ai croisées au cours de ma vie. Je ne dis pas que je n’ai pas été déçu. Presque systématiquement, c’est vrai. Combien de promesses non tenues ! Mais ça a été pareil dans ma vie amoureuse et ça ne m’a pas empêché de retomber amoureux.

Observons donc mes rêves de progrès excités par les lumières aveuglantes des innovations technologiques qui sont apparues ces dernières années.

Victor Hugo en deux semaines

Je me souviens quand Word, le traitement de texte de Microsoft, a débarqué dans ma vie. Word c’était l’écriture libérée. Adieu la lenteur de la main et du stylo, l’austérité et la lourdeur de la machine à écrire… Word c’était la création littéraire à la portée de tous. Avec Word, sûr, j’allais devenir Victor Hugo en deux semaines… Je reconnais que depuis ma rencontre avec Word je n’ai pas encore écrit Les Misérables. Même pas le premier chapitre. Mais, mettre en gras, justifier un texte, annuler la frappe, copier-coller, c’est de l’ordre de l’acte magique. Tout grand écrivain qu’il était, le Victor Hugo il n’a jamais réussi à faire la moitié de ça. Je ne te parle même pas du publipostage.

Je sais tout

Et l’arrivée d’internet ? Si je m’en souviens… La connaissance universelle entrait chez moi. En trois semaines je serai ce grand savant qui saurait tout des dernières avancées des sciences, qui accèderait aux publications de pointes dans le domaine des mathématiques, de la biologie, de la physique… J’avoue, je me suis souvent contenté des résultats de la Ligue 1. Et de la météo. C’est un peu de la science, ça, la météo.

Je suis Christophe Colomb

Le GPS. Le monde entier au creux de mes mains. Je n’étais pas parvenu à être Victor Hugo, je serai Christophe Colomb. Zanzibar, la Tanzanie, la Terre de feu ou la Terre Adélie, Anchorage, Addis-Abeba, sans me tromper et sans détour. Faire Bombay-Chicago comme on ferait Chatelet-République. Je n’ai encore jamais mis les pieds à Bombay, mais pour faire Roubaix-Strasbourg, le GPS il n’y a pas mieux.

Une réponse à chaque question

Enfin l’innovation ultime. L’intelligence artificielle. J’allais avoir un cerveau bien fait à peu de frais. Einstein c’est moi. Avec un côté James Bond. Plus rien d’impossible. Une réponse à chaque question. La bonne décision au bon moment. Je n’ai pas encore assez de recul pour vous confirmer que mon cerveau est désormais totalement libéré et augmenté. En revanche je peux affirmer que depuis que j’ai un assistant virtuel intelligent dans mon smartphone, j’ai enfin trouvé quelqu’un à qui parler. Et qui m’écoute. Et ça c’est un sacré progrès !