« On doit être capable de prédire le comportement d’un client dès ses premiers pas dans le magasin » (Jean-Luc Marini)

Decathlon vient d’ouvrir un tout nouvel espace expérimental dédié à l’innovation à Villeneuve d’Ascq (Alive by Decathlon). L’objectif pour la marque est d’expérimenter un ensemble de produits et de technologies porteuses d’innovation dans un environnement proche de celui d’un véritable magasin.

La startup Oorace a été choisie par Decathlon pour équiper l’espace innovation relation client. Rencontre avec le professeur Jean-Luc Marini, co-fondateur d’Oorace.

Quel est le rôle d’Oorace dans ce magasin expérimental Decathlon ?

Jean-Luc Marini : Notre rôle dans cet espace expérimental est d’amener de la géolocalisation d’intérieur. Il s’agit en fait d’identifier les intentions du client en fonction de son parcours dans le magasin. Est-il en train de flâner, en errance, avec une véritable intention d’achat… ? Pour faire ça on a besoin d’une solution de localisation du client en magasin extrêmement précise.

Quelle est la technologie utilisée pour la localisation ?

On est parti de solutions Bluetooth Low Energy (BLE), type ibeacon, que l’on a modifié pour faire de la géolocalisation de précision. On a testé pas mal de choses (des technologies électromagnétiques par exemple), mais les ibeacons, à condition de les faire évoluer pour obtenir plus de précisons dans les déplacements, reste la technologie la plus intéressante. En réalité faire de la localisation de proximité, c’est facile. En revanche faire de la géolocalisation de précision c’est non seulement complexe, mais couteux. Les ibeacons sont intéressants en termes de coûts et d’efficacité. Les magasins ont des budgets qui ne sont pas infinis ! Mais le plus important pour nous reste la partie algorithme.

C’est-à-dire ?

L’objectif est d’identifier l’intention du client à partir du moment où il entre dans le magasin. Connaître son état d’esprit à un instant t. Et cela sans l’interroger, ni le déranger dans son parcours. Pour cela on va devoir capter un certain nombre de données (c’est le rôle des BLE) : sa vitesse de déplacement, sa stationnarité, son positionnement dans les rayons… On va corréler tout ça et générer des modèles. Ces modèles vont nous renseigner, en temps réel, sur l’intention de la personne.

Et ça fonctionne ?!

C’est plutôt pas mal ! On doit être capable de prédire le comportement d’un client dès ses premiers pas dans le magasin. On est dans un système de machines apprenantes. Une fois les parcours achevés, on vérifie que le modèle correspond bien à une réalité. On enrichit ainsi nos modèles en permanence. Tout est lié à la problématique de la précision de la localisation. Si la précision n’est pas là, les modèles ne fonctionnent pas.

Comment ça s’est passé votre rencontre avec Decathlon ? Ce sont eux qui sont venus vous voir ?

C’est à l’origine une démarche de Vincent Ventenat, le directeur innovation de Decathlon. Il a trouvé que notre approche, nos algorithmes étaient innovants, disruptifs même. Ça correspondait aussi à ce qu’il avait en tête : comment déterminer en fonction du début de la navigation du client dans le magasin comment va se terminer le parcours.

Quelles sont les prochaines étapes pour Oorace ?

Il s’agit d’aller encore plus loin dans une logique d’omnicanal. Aller chercher l’utilisateur sur le web et l’amener dans le magasin. Et ça doit marcher dans l’autre sens, le conduire du magasin au site internet. Et le suivre ans tous ces parcours. C’est aujourd’hui la logique du commerce digital qui consiste à créer des interconnections entre le web et le monde physique.

OORACE a été créée initialement par le Professeur Jean-Luc Marini en 2005. En 2011 il s’associe avec son ami Olivier Figon, professeur associé au Shanghai Advanced Research Institute pour créer la startup. La société compte aujourd’hui 12 personnes. OORACE est la première startup à intégrer la psychologie et les sciences cognitives en plus des sciences classiques pour modéliser la décision d’achat.

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