Faut-il encore croire au homeshoring ?

Le homeshoring (télétravail, relation client à domicile…) ressemble un peu à ces sportifs surdoués que l’on détecte très tôt et auxquels on prédit une carrière extraordinaire. Et puis saison après saison, on ne voit rien venir ou presque. Les résultats ne sont pas au rendez-vous et nos grandes espérances finissent par être déçues.

Le homeshoring ne jouera-t-il jamais en première division en France ? Et si la crise actuelle pouvait être l’élément déclencheur du développement du télétravail ?

D’abord de quoi parle-t-on ? La notion même de télétravail souffre d’un certain nombre d’ambigüités.

La principale concerne le statut du travailleur à domicile : s’agit-il d’un salarié ou d’un travailleur indépendant ? Dans le premier cas il va désormais exercer son activité non plus depuis son bureau, sa plate-forme, mais depuis son domicile. Il reste lié à son employeur par le même contrat de travail, un salaire mensuel fixe, la protection sociale du régime salarié… ; la seule modification (même si elle est substantielle) concerne sa localisation et son environnement professionnel. Dans le second cas, c’est quasiment un entrepreneur individuel, un free-lance dont les revenus sont directement liés au niveau d’activité qu’il peut générer.

Deux barrières culturelles s’élèvent d’ores et déjà : du côté des employeurs est-on prêt à accorder la même confiance a un employé qui ne travaille pas directement dans les locaux de l’entreprise (et quelque soit son statut) ? La question de confiance peut aussi se poser chez le client. Du côté des salariés est-on prêt à abandonner un environnement social (l’entreprise) pour se retrouver toute la journée seul face à son ordinateur ? Au-delà, est-on prêt à abandonner le statut protecteur du salariat ? Même les syndicats hésitent à se pencher sérieusement sur la question.

Des signes existent, cependant, qui tendent à montrer que ces réticences culturelles commencent à s’affaiblir (pour ce qui est des solutions technologiques, elles existent et  sont totalement éprouvées). Il y a quelques semaines le leader des centres de contacts, Teleperformance, annonçait la mise en place d’une opération d’envergure en télétravail avec son client Sfr (voir ContactDistance). Webhelp ou Intra Call Center se sont également lancés dans l’aventure. Sans parler de la course aux réductions de coûts, de la montée des comportements « green » (moins de déplacement, de locaux…).

Chez les spécialistes du homeshoring on reste confiant. Easycare  qui s’est lancé sur le marché il y a maintenant 3 ans rappelait opportunément que si le télétravail en France ne concernait encore que 7 % de la population active, il représentait 13 % en Europe et 33 % aux États Unis. Si « un gros travail d’évangélisation reste encore à fournir« , reconnait Christophe Sarrabayrouse, le directeur général d’Easycare, « les outils technologiques dont on dispose n’ont plus rien à voir avec ceux des années 90. » David Klajman, le co-fondateur d’Easycare ajoute, « Nous bénéficions (en France) d’un environnement technologique propice, avec un fort taux d’équipement des foyers en micro-ordinateur et une large pénétration de l’ADSL. De plus, les mentalités évoluent, favorisées par un contexte législatif et politique favorable. »

Certes. Mais si finalement le télétravail se développait dans une toute autre direction ? En effet, qui mieux aujourd’hui que les cadres (qui pour une partie travaillent déjà de façon largement autonome, en bénéficiant d’un ensemble d’outils favorisant le travail à distance et la mobilité) pourraient être les mieux placés pour faire émerger le travail à domicile ? De plus, on peut parier qu’ils n’y seraient pas forcément opposés, trouvant dans cette forme de travail un bénéfice en termes d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, de réduction de stress et pourquoi pas de plus grande efficacité.